Un million de révolutions tranquilles

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Auteur(s) de l'ouvrage: 
Bénédicte Manier
Maison d'édition: 
Les Liens qui Libèrent
Date de parution de l'ouvrage: 
Janvier 2014
Date de rédaction: 
Septembre 2013

 

Bénédicte Manier est une journaliste française spécialisée dans les questions sociales et de développement. Elle a effectué plusieurs centaines de reportages de terrain en France et dans plusieurs pays, notamment au Laos, au Cambodge, en Thaïlande, au Burkina Faso, en Irlande, en Espagne, au Brésil et en Inde.

 Bénédicte Manier a à son actif l'étude en profondeur de plusieurs sujets de société, notamment : le travail des enfants (surtout dans les pays en développement et émergents), les droits des femmes, les enjeux démographiques mondiaux, la pauvreté et les questions de développement, les initiatives de la société civile, mais aussi la consommation, l'économie solidaire (coopératives, épargne éthique...) ou le micro-crédit.

Sur tous ces sujets, elle effectue non seulement des reportages de terrain, mais elle a aussi acquis une longue expérience dans la couverture de conférences mondiales de l'ONU (par exemple : conférence Population et Développement du Caire en 1994, Sommet social de Copenhague en 1995, Conférence de Pékin sur les femmes en 1995, Habitat II à Istanbul en 1996) ainsi que des conférences à l'initiative de la société civile (Forums Sociaux Mondiaux, conférence sur le travail des enfants de Florence en 2004, etc...).

 

Objectif du livre

De millions de petites révolutions sont engagées dans le monde, par des hommes et des femmes  de milieux sociaux très variés et « qui inventent des solutions que ni les gouvernements ni le secteur privé n’ont su mettre en en place et qui répondent à la plupart des maux de la planète : ils reverdissent le désert, font disparaître la pauvreté et la faim, créent des emplois, mettent sur pieds une agriculture durable, ou gèrent eux-mêmes la distribution d’eau. Des millions d’autres décident de vivre autrement. De vivre mieux. Et pour cela, ils s’affranchissent de l’hyperconsumérisme, réinventent l’habitat, la démocratie locale ou l’usage de l’argent » (page 11)

Ce livre est la chronique de ces transformations de terrain portées par la société civile partout sur la Planète. Il ne prétend pas toutes les répertoriées. Et d’une manière délibérée il ne traite pas de l’action des grandes ONG, associations ou fondations.

 

Structure du livre

Le livre donne une description parfois assez détaillée d’actions entreprises par des individus dans des pays très différents, et chaque chapitre aborde un domaine bien spécifique : l’eau, les nouveaux modes de vie, l’agriculture, l’argent, les énergies, l’habitat, la santé, la démocratie citoyenne.

Le dernier chapitre « Une réappropriation du monde » est un chapitre de réflexions et d’enseignements suggérés par ces révolutions tranquilles. La postface est une interview de Patrick Viveret.

 

A signaler

Le chapitre sur « Une démocratie plus citoyenne » est à lire dans la suite du livre de Cynthia Fleury sur les « Pathologies de la démocratie » ; il apporte quelques éléments de réponse à la question : que faire aujourd’hui pour Réformer la démocratie. Ce chapitre qui très est orienté sur la démocratie locale, fait une grande place à une expérience indienne fort intéressante. L’expérience des islandais  qui ont refusé  de payer la dette créée par leurs banques est exemplaire d’une démocratie participative à l’échelle d’un (petit) pays. Ce chapitre donne aussi plusieurs exemples de formes d’expérience participative différentes :

  • Consultation d’habitants sur des sujets déterminés (y compris par l’intermédiaire de panels de citoyens)
  • Budgets participatifs
  • Expériences hybrides de co-adminitration  publique

 

Le chapitre « Un usage citoyen de l’argent » devrait retenir notre attention  et faire partie du débat démocratique.

 Il en est de même du chapitre « de nouveaux modes de vie » même si sa  conclusion sur la fin d’une époque, celle de l’adhésion massive à l’hyperconsommation et à la société de marché » et sur l’avènement d’une ère post-consommation, peut paraître un peu trop optimiste.

 

 A signaler la  revue  française « l’Age de faire » qui donne  des exemples d’expériences citoyennes dans les différents domaines pris en compte par le livre ; il en est de même de la revue Alternatives Economiques dans son numéro  hors série N°62 de juin 2013 et intitulé « La fabrique de l’innovation sociale ».

 

Quelques notes et réflexions sur le chapitre final « Une réappropriation du monde »

 Ce chapitre essaie de préciser les enseignements que l’on peut retirer des millions de révolutions tranquilles

 

L’enjeu de ce million de révolutions tranquilles

« Cette capacité d’innovation de la société civile reste encore très largement ignorée en tant que phénomène global. Car contrairement aux militantismes du passé ou aux anciennes utopies de la contre-culture (…) ces entreprises naissent et se développent silencieusement, au sein de catégories sociales que l’on croyait acquises aux valeurs néo-libérales mais qui, aujourd’hui s’en détachent et inventent  des formes plus solidaires de travail, d’habitat, de consommation ou de vie sociale » p296

 

Elles sont la conséquence d’une prise de conscience mondiale : le rejet d’un système économique néolibérale qui a amené  « les Etats à abandonner nombre de leur prérogatives à des pouvoirs transnationaux sans légitimité démocratique (OMC, FMI, banques centrales, marchés financiers, agences de notation, .. ;) qui leurs dictent aujourd’hui les politiques à suivre ».(p.297). La mondialisation a donc  été vécue par les citoyens  comme une régression en termes économiques, de qualité de vie, et d’impact sur la biosphère ». Peu d’enquêtes d’opinion mesurent ce rejet (enquête de la BBC en 2009 dans 27 pays)

 

La société civile une force qui se découvre (exemples  dans les années 2009-2012 en Grèce, Espagne, New York , Chili , Québec, Israël , Inde Brésil, …)  p 299-301

 

Déconstruire la globalisation libérale et revivifier le tissu local

L’idée de relocalisation de l’économie est soutenue par un nombre croissant de sites internet, de blogs, de livres de magazines

Mouvement (Business Alliance for Local Living Economies), réseau de 22000 entreprises américaines et canadiennes.

 

De nouveaux modes de mobilisation

( ce paragraphe et les 2 suivant méritent un débat)

« la mobilisation est plus autonome, plus locale, plus informelle, elle passe par des individus seuls ou de petits groupes d’habitants, de réseaux, des mouvements transversaux et des coalitions de proximité, constituées de manière pragmatique autour d’objectifs limités »

Cette émergence d’initiatives de terrain ne semble pas correspondre à la grille de lecture classique de l’organisation collective, le modèle ( se conformer, protester ou partir)

« C’est ce désir de réinventer le monde autour de soi, de manière pragmatique et sans véritable cadre de référence politique, qui caractérise aujourd’hui ce foisonnement d’initiatives à la base de nos sociétés »

« Même s’ils restent de quasi-inconnus, ces citoyens qui passent à l’acte commencent à imposer leur priorités » ; « ils deviennent co-créateurs de nouveaux modes de production et de distribution » (p.307)

 

Des principes communs

Ces réalisations misent sur l’intelligence collective, la coopération, la mutualisation des moyens humains, non sur leur mise en concurrence, la convivialité non sur l’individualisme.

Ces changements semblent avoir un caractère irréversible.

Elles exigent peu de moyens et sont facilement transposables ailleurs.

 

Vers une post-mondialisation ?

L’enjeu est de favoriser leurs interconnexions et leusr duplications.

Ces révolutions tranquilles « témoignent de la conscience retrouvée des citoyens à pouvoir agir sur leur destinée commune ».

« Au sein d’un capitalisme sans issue s’esquissent lentement, en de multiples endroits de la planète, les contours d’une société plus participative, plus solidaire, plus humaine. Ce sont peut-être les prémices du futur qui émerge et s’organise ».